Hors narration

Et puis je dois parler des textes du Bouddha que je veux utiliser dans cette installation multimédia. Jusqu’à présent, je ne vous en ai pas beaucoup parlé et je ne l’ai pas beaucoup expérimenté. C’est un travail encore à venir.

Les premières notes dans mon carnet que je peux trouver sur ce projet datent du 31 octobre 2016. J’ai écrit, entre autres… :

« Est-il possible de faire un film qui ne soit pas basé sur le langage ? »

Je voulais dire : est-il possible de travailler purement visuellement et auditivement ? Ne pas partir du schéma trop serré des mots, des phrases, des concepts, de la pensée.

Donc, en excluant toute histoire, toute voix.

L’intuition

Pour filmer les images, j’ai maintenu ce principe : me laisser guider par l’intuition. Pas trop raisonner, répondre immédiatement à la réalité elle-même, à ce qui est brutalement offert. Parfois ça marchait, parfois non. L’intuition ne peut être comprise ou dirigée.

Mais maintenant vient le temps de « structurer » tout, de raconter « l’histoire » de la nuit et de construire l’installation avec les images, l’espace sonore et les textes.

L’éveil du Bouddha

Depuis le début, j’ai prêté attention aux textes dans lesquels Bouddha décrit son éveil en détail. Que c’était un événement nocturne, bien sûr, m’a amené au premier point de départ. Le fait que cette situation se soit déroulée en quatre étapes de méditation et trois veillées nocturnes (d’une durée d’environ neuf heures) m’a donné quelque chose à laquelle m’accrocher.

Mais ce qui est encore plus intéressant, c’est que Bouddha ne s’est pas laissé piéger dans les différents états d’esprit qu’il a traversé.

Mais la sensation agréable qui surgissait de la sorte n’envahissait pas mon esprit et ne persistait pas.

« La grand discours à Saccaka » (en Pali : Maha-Saccaka-Sutta dans « Majjhima-Nikaya I, 167 »)

Cela signifie qu’un événement d’éveil (si on peut encore parler de « d’événement ») est toujours une progression, toujours un au-delà de toute situation, un événement transcendantal infini ! Ce qui rend de plus en plus clair que cela ne peut être saisi dans aucun concept, dans aucun mot ou texte !

C’est intéressant !

Combinaison

Il est maintenant temps de travailler avec ces textes et de les combiner avec les images.

L’écrivain français Michel Butor a écrit un livret intéressant sur l’utilisation des mots en peinture. Il analyse à sa manière subjective toutes les relations possibles entre les mots et les images dans la peinture occidentale : par exemple l’utilisation du titre, la signature de l’artiste, l’écriture des noms des personnes représentées, l’écriture des proverbes dans l’image jusqu’aux expériences du XXe siècle où les mots sont intégrés dans la peinture elle-même d’une manière graphique.

René Magritte est peut-être celui avec qui j’ai le plus d’affinités à la fin : le mot et l’image ne correspondent pas. Dans « La Clé des songes » de 1930, il joue magistralement avec l’envie d’interpréter chaque image (d’un rêve) avec un mot. Cependant, la relation ici est mystérieuse.

Cela me donne la direction dans laquelle je dois travailler : les mots ne coïncident pas avec l’image. Les images ne se réfèrent pas aux mots.

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